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PER 2026 : déduction, fiscalité en sortie et stratégies d'optimisation

Par Dupond

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Le PER est le couteau suisse de l'optimisation fiscale du dirigeant : déduction à l'entrée, capitalisation en franchise d'impôt, sortie en capital ou en rente au choix. Mais entre les plafonds salariés (art. 163 quatervicies) et TNS (art. 154 bis), les trois compartiments, la fiscalité différenciée selon le mode de sortie et l'option déductible/non déductible, le diable est dans les détails. Le BOFiP a été intégralement refondu le 17/02/2026 — l'occasion de faire le point complet.


Les 3 compartiments du PER

Le PER issu de la loi PACTE (loi n° 2019-486 du 22/05/2019) se décompose en trois compartiments, chacun alimenté par un type de versement différent et soumis à des règles de sortie distinctes :

CompartimentAlimentationSortie
Compartiment 1 — Versements volontairesVersements individuels, déductibles ou nonCapital ou rente (au choix)
Compartiment 2 — Épargne salarialeIntéressement, participation, abondement employeur, CET, jours de repos non prisCapital ou rente (au choix)
Compartiment 3 — Versements obligatoiresCotisations obligatoires employeur/salarié (ancien art. 83)Rente viagère (sauf exceptions)

Le compartiment 1 est le levier d'optimisation fiscale du dirigeant et du libéral. C'est celui que nous détaillons ici.

Doctrine de référence : BOI-IR-BASE-20-50-10 (MàJ 17/02/2026) ; tableau de synthèse PER du BOFiP (17/02/2026).


La déduction à l'entrée : le vrai moteur du PER

Salariés et assimilés (art. 163 quatervicies du CGI)

Les versements volontaires sur un PER individuel sont déductibles du revenu global, dans la limite d'un plafond annuel calculé comme suit :

ÉlémentFormule 2026Montant
Plafond10 % des revenus nets d'activité professionnelle de l'année, plafonnés à 8 PASSMax 38 448 EUR
Plancher10 % du PASS4 806 EUR
PASS 2026Arrêté annuel48 060 EUR

Le plafond est individuel. Chaque membre du foyer fiscal dispose de son propre plafond.

Doctrine : BOI-IR-BASE-20-50-20 (plafond de déduction) ; BOI-ANNX-000513 (annexe plafonds, MàJ 17/02/2026).

TNS (art. 154 bis et 154 bis-0 A du CGI)

Les travailleurs non salariés disposent d'un double plafond, composé de deux enveloppes indépendantes :

EnveloppeFormule 2026Plafond maxPlancher
Enveloppe 1 (= 163 quatervicies)10 % du bénéfice imposable, plafonné à 8 PASS38 448 EUR4 806 EUR (10 % du PASS)
Enveloppe 2 (154 bis supplémentaire)15 % de la fraction du bénéfice entre 1 PASS et 8 PASS50 463 EUR7 209 EUR (15 % du PASS)

En cumulant les deux enveloppes, un TNS peut déduire jusqu'à 88 911 EUR par an (38 448 + 50 463), soit plus de deux fois le plafond salarié. C'est l'un des avantages majeurs du passage en SELARL pour les professions libérales à hauts revenus : le gérant TNS de SELARL accède à l'enveloppe 154 bis.

Doctrine : BOI-IR-BASE-20-50-20 (plafond de déduction, incluant le plafond TNS).

Ce que l'économie représente concrètement

TMI du contribuableÉconomie d'IR pour 10 000 EUR versésÉconomie d'IR au plafond salarié (38 448 EUR)Économie d'IR au plafond TNS (88 911 EUR)
30 %3 000 EUR11 534 EUR26 673 EUR
41 %4 100 EUR15 764 EUR36 453 EUR
45 %4 500 EUR17 302 EUR40 010 EUR

L'avantage est proportionnel au TMI : plus le TMI est élevé, plus la déduction est rentable. C'est un produit structurellement favorable aux hauts revenus.


Report et mutualisation des plafonds

Report sur 3 ans

Le plafond non consommé d'une année est reportable sur les 3 années suivantes. Le plafond disponible au titre d'une année est donc :

Plafond disponible = plafond de l'année N + reliquats non utilisés de N-3, N-2 et N-1 (dans cet ordre d'ancienneté)

Le montant du plafond disponible est indiqué sur l'avis d'imposition (ligne "plafond épargne retraite").

C'est un outil puissant pour les années exceptionnelles : un dirigeant qui vend sa société avec une forte plus-value peut utiliser 4 années de plafonds cumulés pour absorber une partie de l'impôt.

Mutualisation entre conjoints

Les conjoints ou partenaires de PACS soumis à imposition commune peuvent mutualiser leurs plafonds : l'un peut utiliser le plafond non consommé de l'autre. Il suffit de cocher la case 6QR de la déclaration 2042.

Doctrine : BOI-IR-BASE-20-50-30 (mutualisation des plafonds, MàJ 17/02/2026).

Exemple : un couple dont l'un des conjoints est libéral (TMI 45 %, plafond TNS de 88 911 EUR) et l'autre sans activité (plafond plancher de 4 806 EUR). En mutualisant les plafonds des 4 dernières années, la capacité de déduction peut dépasser 350 000 EUR. C'est un levier massif en année de cession.


La fiscalité en sortie : le grand tableau

C'est ici que le PER se distingue (et se complique). La fiscalité dépend de trois variables : le compartiment, le choix entre capital et rente, et l'option initiale (versements déduits ou non déduits).

Compartiment 1 — Versements volontaires déduits (cas standard)

Mode de sortiePart versementsPart produits (gains)
CapitalBarème IR (catégorie pensions, sans abattement de 10 %)PFU 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS), ou barème sur option
Rente viagèreBarème IR comme pension de retraite (avec abattement de 10 %) + PS sur pensions (voir ci-dessous)Intégrée dans la rente
Déblocage anticipé (accident de la vie)Exonéré d'IRPS 17,2 % uniquement

PS sur rente : le taux de CSG varie selon le revenu fiscal de référence (RFR) du retraité. Le taux normal est de 8,3 %, auquel s'ajoutent 0,5 % de CRDS et 0,3 % de CASA, soit un total de 9,1 %. Mais les retraités à RFR modeste bénéficient d'un taux médian (6,6 %) ou réduit (3,8 %), ce qui allège significativement les PS sur la rente.

Point clé 2026 : les PS sur les produits du PER sont de 17,2 % (CSG maintenue à 9,2 %, exception art. L. 136-8, IV du CSS), comme l'assurance-vie. C'est 1,4 point de moins que les dividendes et plus-values mobilières (18,6 %). Le PFU sur les produits PER est donc de 30 %, pas de 31,4 %.

Compartiment 1 — Versements volontaires non déduits

Mode de sortiePart versementsPart produits (gains)
CapitalExonéré d'IRPFU 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS), ou barème sur option
Rente viagèreImposée comme rente viagère à titre onéreux (art. 158, 6 du CGI) : fraction imposable selon l'âge au moment de la liquidationPS sur pensions

L'option "non déductible" n'a d'intérêt que pour les contribuables à TMI faible (0 % ou 11 %) qui ne tireraient pas profit de la déduction à l'entrée mais souhaitent bénéficier de la capitalisation en franchise d'impôt et de la sortie exonérée sur les versements.

Compartiment 2 — Épargne salariale

Mode de sortiePart versementsPart produits (gains)
CapitalExonéré d'IRPS 17,2 % uniquement (pas d'IR)
Rente viagèreBarème IR comme pension (abattement 10 %) + PS pensionsIntégrée dans la rente

C'est le compartiment le plus favorable fiscalement à la sortie en capital : ni IR ni PFU, seuls les PS de 17,2 % sont dus sur les produits.

Compartiment 3 — Versements obligatoires

La sortie se fait obligatoirement en rente viagère (sauf cas de déblocage anticipé et rentes de faible montant). Imposition comme pension de retraite (barème IR avec abattement 10 % + PS pensions).

Doctrine de référence : BOI-RSA-PENS-30-10-20 (imposition des prestations PER, MàJ 17/02/2026).


Les cas de déblocage anticipé

Le PER est en principe bloqué jusqu'à la retraite, mais 6 cas de déblocage anticipé sont prévus :

CasConditionsFiscalité
Acquisition de la résidence principaleCompartiments 1 et 2 uniquement (pas le 3)Versements déduits : barème IR ; produits : PFU 30 %
Décès du conjoint ou du partenaire de PACSVersements : exonérés d'IR ; produits : PS 17,2 % uniquement
Invalidité (2e ou 3e catégorie)Du titulaire, de son conjoint/PACS, ou d'un enfantIdem
SurendettementCommission de surendettementIdem
Expiration des droits au chômageIdem
Cessation d'activité non salariée suite à liquidation judiciaireIdem

Le déblocage pour résidence principale suit la fiscalité normale (pas d'exonération). Les 5 autres cas (accidents de la vie) bénéficient d'une exonération d'IR sur les versements, seuls les PS de 17,2 % restant dus sur les produits.


Simulation : l'effet de levier du PER

Hypothèse : Mme Martin, gérante de SELARL, TMI actuel 45 %, verse 30 000 EUR/an sur son PER pendant 15 ans. TMI estimé à la retraite : 30 %. Rendement annuel net de frais : 4 %. Sortie 100 % en capital.

Phase d'épargne (15 ans)

ÉlémentMontant
Versements cumulés450 000 EUR
Économie d'IR annuelle (45 %)13 500 EUR
Économies d'IR cumulées (non réinvesties)202 500 EUR
Capital acquis à 4 %/an (capitalisation brute)600 708 EUR
Dont produits150 708 EUR

Phase de sortie (capital intégral)

ÉlémentCalculMontant
IR sur versements (450 000 EUR, barème TMI 30 %)450 000 x 30 %135 000 EUR
PFU sur produits (150 708 EUR, PFU 30 %)150 708 x 30 %45 212 EUR
Total impôt sortie180 212 EUR
Capital net après impôt600 708 - 180 212420 496 EUR

Point de vigilance : cette simulation suppose que la sortie en capital de 450 000 EUR n'augmente pas le TMI au-delà de 30 %. En pratique, une sortie massive en une seule année peut faire monter le TMI à 41 % voire 45 %, annulant une partie de l'avantage. C'est pourquoi il est souvent plus efficace de lisser la sortie en capital sur plusieurs années (rachats partiels successifs à la retraite) pour rester dans les tranches basses du barème.

Bilan

Avec PERSans PER (placement direct au PFU 30 %)
Versements annuels bruts30 000 EUR30 000 EUR
Coût réel annuel (après économie d'IR)16 500 EUR30 000 EUR
Capital net après impôt (15 ans)420 496 EUR~439 000 EUR (4 % net de PFU annuel)

L'avantage du PER ne réside pas dans le capital final brut (qui est comparable), mais dans le coût réel de l'effort d'épargne : 16 500 EUR/an au lieu de 30 000 EUR. Les 13 500 EUR/an d'économie d'IR sont disponibles immédiatement pour d'autres investissements. Si ces économies sont réinvesties (dans de l'immobilier, un PEA, ou une assurance-vie), l'écart se creuse massivement en faveur du PER.

Point de vigilance : si le TMI reste identique à la sortie (45 %), l'avantage sur les versements s'annule. Le PER est optimal quand le TMI de sortie est inférieur au TMI d'entrée. C'est le cas le plus fréquent (passage de la phase active à la retraite), mais pas systématique.


PER vs assurance-vie : deux enveloppes complémentaires

CritèrePERAssurance-vie
Déduction à l'entréeOui (163 quatervicies / 154 bis)Non
DisponibilitéBloqué jusqu'à la retraite (sauf exceptions)Libre à tout moment
Fiscalité en sortie (capital)Barème IR sur versements déduits + PFU 30 % sur produitsPFU 30 % après 8 ans (7,5 % IR + 17,2 % PS) avec abattement 4 600 / 9 200 EUR
PS sur produits17,2 %17,2 %
Transmission au décèsDMTG de droit commun (sauf décès avant 70 ans : exonération possible)990 I (152 500 EUR par bénéficiaire) ou 757 B
Intérêt principalDéfiscalisation à l'entréeCapitalisation + transmission
Public cibleTMI >= 30 %, horizon retraiteTous profils, tous horizons

La règle d'or : le PER est l'enveloppe de la déduction (on y entre pour réduire l'IR), l'assurance-vie est l'enveloppe de la transmission et de la souplesse (on y reste pour la liquidité et le cadre successoral). Les deux sont complémentaires, pas substituables.


5 stratégies d'optimisation

1. Saturer le plafond TNS les années de forte rémunération

Pour un gérant de SELARL ou un libéral BNC à TMI 45 %, chaque euro versé sur le PER génère 45 centimes d'économie d'IR. Au plafond TNS de 88 911 EUR, c'est 40 010 EUR d'économie annuelle. Si le bénéfice fluctue, concentrer les versements sur les années hautes.

2. Cumuler 4 années de plafonds avant une cession

En cas de cession d'entreprise générant une plus-value importante, les plafonds non utilisés des 3 années précédentes + l'année en cours sont mobilisables. Un couple avec mutualisation peut disposer de plus de 700 000 EUR de plafonds TNS cumulés (4 x 88 911 x 2). Le versement massif l'année de la cession absorbe une partie de la plus-value imposable au barème.

3. Opter pour la non-déduction à TMI faible

Pour un contribuable à TMI 0 % ou 11 %, la déduction PER ne vaut pas le coût fiscal en sortie (barème IR sur les versements, sans abattement de 10 %). Mieux vaut opter pour la non-déduction : les versements ne sont pas déduits à l'entrée, mais ils sont exonérés d'IR à la sortie. L'enveloppe PER sert alors uniquement de capitalisation en franchise d'impôt.

4. Articuler PER et CDHR

Pour les foyers soumis à la contribution différentielle sur les hauts revenus (art. 224 du CGI), attention : les versements PER réduisent le revenu imposable mais le revenu de référence de la CDHR réintègre les charges déduites au titre de l'épargne retraite. Le PER ne réduit donc pas l'assiette de la CDHR. Il reste efficace pour l'IR, mais il ne faut pas compter dessus pour la CDHR.

5. Lisser la sortie en capital sur plusieurs années

Rien n'oblige à sortir l'intégralité du PER en une seule année. En étalant les rachats en capital sur 3 à 5 ans à la retraite, le contribuable peut maintenir son TMI dans les tranches basses (11 % voire 30 %) au lieu de subir un TMI à 41 % ou 45 % sur une sortie massive. Le panachage capital/rente est également possible :

  • Capital sur la fraction de versements imposée dans les tranches basses (0 % et 11 %)
  • Rente sur le solde (qui bénéficie de l'abattement de 10 % et de taux de PS potentiellement réduits selon le RFR)

Un calibrage fin du montant de capital annuel permet de minimiser l'imposition globale sur la durée.


Les 5 erreurs à éviter

  1. Croire que le PER est toujours gagnant. Si le TMI est le même à l'entrée et à la sortie, le PER est au mieux neutre sur les versements (et légèrement défavorable en sortie capital, car l'abattement de 10 % des pensions ne s'applique pas). Le PER est structurellement avantageux quand le TMI de sortie est inférieur au TMI d'entrée.

  2. Oublier que la sortie en capital est imposée sans abattement de 10 %. Contrairement à la rente (traitée comme une pension avec abattement 10 %), la sortie en capital est imposée au barème progressif plein. Sur 100 000 EUR de versements déduits sortis en capital à TMI 30 %, c'est 30 000 EUR d'IR (pas 27 000 EUR).

  3. Confondre le plafond salarié et le plafond TNS. Le plafond TNS (jusqu'à 88 911 EUR) est plus de deux fois supérieur au plafond salarié (38 448 EUR). Un président de SAS (assimilé salarié) n'a accès qu'au plafond 163 quatervicies. Seul le gérant TNS (SARL, SELARL) ou le libéral BNC accède à l'enveloppe 154 bis supplémentaire.

  4. Négliger le transfert d'anciens contrats. Les anciens PERP, Madelin, art. 83 et PERCO sont transférables vers un PER individuel. Le transfert permet de regrouper l'épargne, d'accéder à la sortie en capital (impossible sur un PERP ou Madelin), et de bénéficier de frais potentiellement réduits. Aucune fiscalité n'est déclenchée par le transfert.

  5. Verser sans vérifier le plafond disponible. Un versement excédant le plafond n'est pas déductible mais reste imposable en sortie (sauf option non-déductible cochée). C'est le pire scénario : pas de déduction à l'entrée, imposition pleine à la sortie. Toujours vérifier le plafond sur l'avis d'imposition N-1 avant de verser.


Pour aller plus loin


Conclusion

Le PER est en 2026 le levier de déduction le plus puissant du droit fiscal français pour les actifs à hauts revenus : jusqu'à 88 911 EUR de déduction annuelle pour un TNS, 38 448 EUR pour un salarié, avec report sur 3 ans et mutualisation entre conjoints. En contrepartie, la sortie est fiscalisée — mais si le TMI baisse entre la phase active et la retraite (ce qui est le cas standard), le gain net est substantiel. Le PER n'est pas un produit de retraite : c'est un outil de gestion du TMI, qui permet de transférer de l'impôt des années de revenus élevés vers les années de revenus faibles. L'erreur la plus fréquente : verser sans stratégie de sortie. Avant de maximiser les versements, simulez la sortie — capital, rente ou panachage — en intégrant le TMI projeté à la retraite, l'impact sur la CDHR, et la comparaison avec l'assurance-vie. Et surtout : lissez la sortie en capital sur plusieurs années pour éviter de recréer le TMI élevé que vous cherchiez à fuir.


Les calculs et montants présentés sont indicatifs et doivent être vérifiés avec les textes en vigueur.